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Questions à Jean-Marc Lafage

I/ Jean Marc, pourquoi êtes vous devenu vigneron?

Dans le monde rural des années 1970, les garçons participent très vite aux travaux extérieurs. Papa était vigneron. Logiquement, je le suivais à la vigne. Nous étions alors à Maury et nous avions une parcelle de très vieilles vignes située sur un magnifique terroir extrêmement escarpé. Pas de mécanisation possible.  Tout se faisait à la main et les raisins magnifiques produits ont été les premiers que j’ai eu l’autorisation de vinifier seul. C’est à cet endroit, dans le silence, au rythme de l’homme, que la vigne.

Cette parcelle existe toujours mais les vignes ont disparu. Je me suis fait une promesse, je vais la replanter et c’est peut-être à cet endroit là que je rencontrerai à nouveau ma fille et mon fils… dans l’attente ou l’espoir d’une révélation vigneronne…
En route vers la septième génération…

II / Au début de votre vie professionnelle, vous avez vinifié un peu partout autour du monde, pourquoi être revenu dans le Roussillon ?

Le Vignon. L’occasion pour Éliane, ma femme et moi de construire un nouveau projet… chez nous. Le Roussillon c’est d’abord une mosaïque de terroirs. Parmi ceux-ci, nous en avons choisi trois, comme champ d’expression, qui nous paraissent les mieux adaptés au profil des vins que nous avions envie de proposer : La vallée de l’Agly, l’authenticité des terres Cathares... En remontant le fleuve et la vallée de l’Agly, le vignoble Catalan prend de la hauteur. Depuis des lustres, il s’est enraciné sur des marnes noires et des schistes feuilletés balayés des forts vents du Nord. Nous venons chercher ici l’opulence et l’authenticité des cépages traditionnels Catalans.Perpignan-Méditerranée, galets et brises marines... C’est la fraîcheur des bords de mer que nous cherchons au gré des capricieuses brises marines pour nos vignes plantées sur des terrasses de galets roulés du quaternaire ancien. En fin d’après-midi, une petite nébulosité qui s’étire sur le littoral méditerranéen apporte au vignoble, sur certaines parcelles centenaires, une note salée, sur fond d’embruns vivifiants. Les Aspres, déjà les effets de l’altitude... L’élégance de la tradition du Vignon. Planté en terrasses suivant les courbes de niveau, ce vignoble en partie conduit en gobelet, épouse avec langueur la rotondité des bas-reliefs pyrénéens. Il est livré sans docilité aux fortes rafales de tramontanes. Terres brûlantes de l’été, ce terroir situé à 400 mètres d’altitude, vibre d’une intensité toute particulière.

III / 160 hectares, c’est grand comme vignoble ?

Oui… et non… Je me demande si nous ne sommes pas le seul vignoble à produire guère plus de 20 Hl hectares moyen. Le Roussillon est rude et les fruits de chaque pied de vigne sont gagnés de haute lutte contre la nature. Il est aussi vrai que nous contraignons beaucoup nos vignobles… Mais le résultat est là : des raisins magiques pour produire de grands vins.

IV / Combien produisez vous de cuvées ?

Beaucoup… certains disent trop… Mais il arrive un moment où il faut faire la paix entre la passion de la tradition et la vision du futur...  Faire une barrique géniale dans son coin doit certainement être très excitant, mais notre ambition, Éliane et moi, est ailleurs. Nous nous employons à essayer de tout faire bon. Nous raisonnons sur l’ensemble de la production et nous ne nous accordons aucun écart… C’est sur la totalité de notre production que nous voulons être jugés… Si je suis beaucoup les vignobles, le chai est le royaume d’Éliane… Si nous décidons de nos assemblages ensemble, je lui dois tout de même beaucoup…

V / Vous êtes très souvent récompensé, Bacchus, Médailles d’Or au Concours Général Agricole à Paris, présence régulière au sein du Guide Hachette… C’est important pour vous ?

Oh oui, ça fait du bien à l’égo, non ? Plus sérieusement, nous avons repris la tête de cette exploitation familiale avec Éliane depuis une dizaine d’années, et avoir la reconnaissance de ses pairs reste une chose importante. Nous avons, par exemple, après 10 ans d’efforts, été récompensés par 10 médailles d’or au Concours Général Agricole en 2011, 9 en 2012… Rien ne sert d’être le premier pour être le premier… Nous pensons qu’il vaut mieux ne pas quitter le peloton de tête pour faire avancer les choses… Essayer des alternatives… Proposer le meilleur de ce que nous savons faire et ne pas oublier qu’il y a un consommateur à qui nous faisons des promesses… Faire des vins en harmonie avec les attentes de ces derniers...

VI / Vous nous dites très souvent que le Domaine Lafage est une propriété familiale, qu’en est-il aujourd’hui ?

J’ai envie de vous répondre plus que jamais… Éliane et moi même sommes à la tête d’équipes compétentes, fidèles et dévouées à la culture du Roussillon, mais mes parents restent très impliqués auprès des consommateurs et du caveau. Quand à nos enfants Léa et Nicolas, même s’ils sont encore très jeunes, ils portent un intérêt certain à la vie de la propriété…

VII / Très orienté à l’export, le marché traditionnel français retient votre intérêt aujourd’hui, pourquoi ?

Nous avons très vite fait notre chemin à l’export parce que, à l’instar du marché traditionnel, ça va vite et qu’il fallait conforter notre jeune entreprise. Même si nul n’est prophète en son pays, ne pas distribuer nos vins en France, chez nous, restait une grande frustration. Voilà un an que nous nous y employons, aidés en ceci par notre réseau d’agent et VRP naissant. Les résultats de cette première année sont extrêmement encourageants… Nous restons impatients de savoir comment les consommateurs vont recevoir nos productions de ce nouveau millésime…